Pour notre mois « La famille », l’experte en relation familiale, Charlotte Wils Claeyssen commente le témoignage d’un père de famille. Une analyse qui interroge sur l’entente avec nos parents, frères et sœurs.  

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Qui êtes-vous et combien êtes-vous dans votre famille actuelle ?  

 J’ai 47 ans et je suis cadre dans une entreprise. Dans notre famille nous sommes sept, dont 3 enfants d’un premier mariage.  

Comment se passe l’ambiance à la maison, quand vous étiez enfant ?  

Nous étions une famille 3 frères et sœurs. On était assez uni tous les trois. Mon père était assez dur, il mettait des distances. Il avait un métier artistique, dans le domaine de la musique, il était souvent absent. On est 3 enfants, mais on avait des caractères très différents. En ce qui me concerne, j’étais un peu le « sac de sable » sur lequel tout le monde se défoule. J’étais assez taquin comme garçon, j’aimais bien rigoler. Cela ne plaisait pas forcément.  

Comment était la relation avec votre mère et votre père ?  

Ma relation avec ma mère, ça se passait plutôt bien. C’est une personne qui rend beaucoup de services, et qui n’aime pas les conflits. 

Je suis un peu comme ça, on s’entendait bien avec ma mère. Elle essayait de faire preuve d’autorité avec mes frères et sœurs, mais ça ne fonctionnait pas.  La relation avec mon père était spéciale. Il était assez isolé, très réservé. Il avait tendance à peu vivre avec ses enfants. « On était des valises qu’il avait posé là » -. Il avait envie de solitude. Mon père était musicien et très passionné, et dès qu’on n’arrivait pas à son niveau artistique, il se fâchait. Cela crée de la distance et très peu de dialogue.  Il avait un penchant pour l’alcool, donc ses premières réactions, c’était la violence au sein de la famille.  

Charlotte Wils :  L’image qu’un père donne à voir à son garçon est extrêmement importante. Le garçon va souvent se construire sur l’image du père. C’est très souvent un modèle pour l’enfant. Le fait que le père était réservé, isolé, dur et violent aurait pu engendrer un garçon réservé, isolé, dur et violent. Ce qui est rassurant, c’est de voir que cela n’est pas automatique et qu’un père réservé, isolé, dur et violent peut aussi donner un fils a contrario qui n’aime pas les conflits et aime rigoler. 

Comment retrouver les relations harmonieuses au sein d'une famille ? L'ouvrage "Faire la paix avec sa famille" de Saverio Tomasella et Charlotte Wils peut vous aider !

Avec qui vous vous entendez bien dans votre famille ?  

Quand j’étais gamin, je m’entendais bien avec ma sœur. Les hobbies de « garçon », le football et la bagarre, cela ne m’intéressait pas. Ma sœur avait plutôt un profil « garçon manqué », je m’entendais plus avec elle. 

Quand j’étais petit, j’observais et je laissais souvent les autres décider à ma place. Dans ma nouvelle vie, j’observe toujours, mais je communique davantage avec mon épouse, et avec mes trois enfants, actuellement. Le fait de simplement parler c’est important, dans mon enfance j’avais un père qui ne communiquait pas.  

Charlotte Wils :  Nous avons ici un petit garçon qui s’est davantage appuyé sur l’image de sa mère plutôt que celle de son père. Il avait des bonnes relations avec sa mère, s’entendait bien avec sa sœur et n’était pas intéressé par les hobbies que l’on attribue habituellement aux « garçons », le football et la bagarre. On voit de plus en plus de garçons ou d’hommes qui assument ne pas être dans le jeu de la virilité ou de la force. Ils sont de plus en plus nombreux accepter leur part de sensibilité, leurs différences et pratiquent davantage l’observation et la communication.  

Est-ce que vous trouvez que les relations dans votre famille actuelle sont bonnes, y a-t-il des choses à améliorer ?  

La communication c’est bien, mais ce qu’il y a à améliorer c’est l’écoute. Je parle de moi, mais aussi des interlocuteurs. Je dois apprendre à être plus serein et prendre du recul sur certaines situations. Je tiens peut-être ça de mon père, j’essaye d’être moins agacé pour des petites choses. 

Charlotte Wils : La paix en famille commence par la communication et dans la communication il y a une part d’écoute. Ce père de famille l’a bien compris. On dit souvent qu’il faut exprimer ses émotions et ses ressentis, mais il est tout aussi important de savoir écouter les autres

Avez- vous des choses que vous aimerez améliorer dans le passé, dans la relation avec votre famille ?  

Plus de communication. Mais aussi, quand on est parent, donner plus de preuves d’amour. Faire un câlin à ses fils, une reconnaissance sur un travail qui a été bien fait, un moment à discuter avec ses enfants.  

Pour mon premier mariage, j’aurai aimé plus d’écoute. Ce n’était pas dans notre tradition de dialoguer. Il y avait une belle-famille et les amis qui étaient trop présents. Un couple ce n’est pas juste sur le papier à la mairie, faut aussi le faire vivre.  

Charlotte Wils : L’absence d’écoute, de dialogue et de communication peut engendrer une sensation de cohabitation de type mauvaise co-location. Quelque chose meurt peu à peu au sein du couple et nous pouvons avec le temps devenir des étrangers l’un pour l’autre. Se réserver des moments tous les deux, des temps de complicité et de dialogue permet d’entretenir l’harmonie du couple. 

Il y a-t-il des tabous, des coutumes au sein de votre famille, qui ne vous permettent pas d’accéder à votre bonheur ?  

Quand il y a trop de famille, cela tue le couple. C’est cela le tabou, c’est quand la présence de la belle famille est trop importante. C’est un aspect traditionnel, mais cela empêche le couple d’évoluer. 

À présent, je me sens accepté, je me sens reconnu. Depuis quelques années, j’ai une plus grande part dans l’activité de la maison, de la vie de la famille. Mais la personne que je suis aujourd’hui est beaucoup plus reconnue par mon statut professionnel, notamment.  

Charlotte Wils : Dans certaines familles, la famille d’origine prend une très grande place dans la famille que l’on construit. Les grands-parents gardent les enfants le week-end pour que les parents puissent sortir, les gardent durant les vacances scolaires pour que les parents puissent travailler. L’implication des grands-parents parfois utiles dans les débuts peut aussi rapidement devenir envahissante. Savoir doser les demandes et la présence des belles familles respectives contribue au bon équilibre du couple.  

Qu’est-ce que vous aimeriez faire, pour rendre de meilleures relations avec votre famille ? C’est possible ?  

Je pense que tout le monde a besoin d’un travail sur soi dans la famille. Laisser tomber les egos et accepter les divergences de l’autre, il faut aussi en avoir envie. J’ai des divergences avec certains membres de ma fratrie mais je suis passé à autre chose.  

C’est un problème d’ego où chacun veut se prouver qu’il est meilleur que l’autre, ce genre de combat ça ne m’intéresse pas. C’est lié à ma sensibilité, je ne suis pas un compétiteur.  

Charlotte Wils : Il existe très souvent des jalousies, des rancunes, des non-dits, des secrets, des rivalités entre les frères et les sœurs. L’arrivée des conjoints n’arrange pas toujours les choses. On pourrait imaginer que le temps adoucit les querelles, mais tous n’effectuent pas le travail sur soi nécessaire pour comprendre et pacifier leurs émotions. En l’absence, nous rencontrons encore aujourd’hui des personnes dont l’égo et la fierté prennent toute la place. Un travail d’accompagnement personnel permet de mieux comprendre, mieux vivre ou de faire évoluer ce type de situations familiales. 

Quel est votre rêve ?  

Mon rêve c’était d’avoir une famille soudée. Après mon divorce, j’avais l’impression qu’on avait volé mes enfants. Il fallait reconstruire une relation avec mes fils, et je n’étais pas forcément préparé. Donc oui, être proche de mes enfants serait un idéal pour avoir une famille soudée.  

Charlotte Wils :  Seul l’amour doit être au cœur d’une famille. Si l’amour est présent, alors tout est possible. Être en paix avec soi-même, quel que soit l’état de la relation avec notre famille permet d’être en paix avec sa famille. 

Retrouvez les chroniques de Charlotte Wils Claeyssen et ses conseils sur les relations familiales dans l’ouvrage « Faire la paix avec sa famille » co-écrit avec Saverio Tomasella ou sur son site web